Les chroniques du M'O+
| 12 X 2011 | Orgel | Orgue | Organo | Organ | 2011 |
| C'est sous ce titre qu'a eu lieu à Zürich, du 8 au 11 septembre dernier, un symposium international sur l'importance et le futur de notre instrument. L'organisation de cette manifestation est le fruit d'une étroite collaboration entre l'association «Organ 2011» et l'Université des Arts de Zürich (ZHdK), avec les conseils d'un comité formé par les professeurs d'orgue des universités de suisse alémanique. Le directeur du projet est le professeur Beat Schäfer, et la réalisation en a été assurée par Simon Reich. L'idée de réaliser cette grande rencontre internationale est née de cette question: «Organum, quo vadis?», posée lors de la rencontre en 2007 de la Gesellschaft der Orgelfreunde allemande (GdO) et de son équivalent autrichien, l'Österreichisches Orgelforum (ÖOF), dont le siège se trouve à Graz. Les premières réflexions se firent au sein de l'AGSO (Arbeitsgemeinschaft für Schweizerische Orgeldenkmalpflege, Conseil suisse pour la préservation des orgues historiques) à l'initiative de deux organistes suisse-allemands, Bernhard Billeter et Rudolf Meyer, ainsi que d'un facteur d'orgues, Wolfgang Rehn, bientôt rejoints par Marco Brandazza (Orgeldokumentationszentrum, Centre de Documentation de l'orgue à Lucerne), l'expert en orgues Michael G. Kaufmann, ainsi que Frank Mehlfeld et Markus Funck. Une belle brochure-programme L'allemand a été la langue véhiculaire de l'ensemble du congrès, où l'on a entendu quelques rares interventions en anglais (il y avait traduction simultanée entre ces deux langues dans toutes les manifestations se tenant dans la grande salle de la ZHdK). Le programme est donc bilingue: 68 pages en anglais et 80 pages en allemand. En effet, dans cette langue, figurent en supplément les photos en couleurs et les compositions des douze orgues de la ville entendus lors des quatre journées, ainsi qu'un historique en quatre pages de la facture d'orgue zürichoise, par Michael Meyer, heureusement traduit en anglais dans l'autre moitié de ce programme-livre, appelé à devenir en quelque sorte un outil de référence. Les mini-biographies et les photos des participants donnent à la fois une idée de leur nombre et de leur diversité: ils sont 107! La Belgique n'est pas absente puisqu'on y trouve, dans l'ordre alphabétique: Els Biesemans (qui joua dans la «Nuit de l'Orgue» une Sonate en trio de Bach et la Prière de Franck... à 1:30 du matin!), Pascale Van Coppenolle (devenue Suissesse d'adoption, et participant à la présentation de l'orgue à pression variable développé par Daniel Glaus), le signataire de ces lignes (qui commenta le rapport national sur la Belgique à la demande des organisateurs), et Bernard Foccroulle (invité à prononcer un «Hauptreferat» lors de la séance officielle du samedi matin). On observe dans cette petite foule de spécialistes une singulière absence du monde latin de l'orgue qui n'est représenté que par Guy Bovet, venu quasiment en voisin, agrémenter la séance officielle du samedi matin par le jeu de cinq de ses Tangos ecclésiastiques, German Toro Pérez, venu de Bogota mais aujourd'hui professeur à la ZHdK, et João Vaz, du Portugal. L'essentiel du programme réside dans la succession et le détail de la bonne soixantaine d'événements programmés. Ce calendrier est d'une densité peut-être excessive, puisque plusieurs événements pouvaient se dérouler en même temps, de sorte que personne ne pourra se vanter d'avoir tout vu et tout entendu! Un agenda chargé Un rapide inventaire de l'agenda donne: • un «prélude», discours de bienvenue, spirituel et parfaitement à propos, par le directeur du département de Musique de la ZHdK, Michael Eidenbenz • quinze conférences, exposés ou présentations: 1. Quo vadis organum?, par Alois Koch 2. Essai de survol de la situation des orgues en Europe, par Markus Funck, suivi de trois brefs rapports nationaux: les Pays Baltes, par Külli Erikson, le Portugal, par João Vaz, la Belgique, par Jean Ferrard 3. Straube - Dupré - Germani, la révolution de l'interprétation au XXe siècle, par Martin Sander 4. Es Orgelt, par Andreas Marti 5. Musique d'orgue et organistes, un regard sur le futur, par le vicaire général Josef Annen 6. L'orgue a-t-il sa place dans les écoles de musique? Pourquoi pas!, par Maria Rapp 7. Le forum Orgue et Jeunesse, par Annegret Kleindopf 8. Le remplacement de l'orgue à l'église par des imitations. Rapport sur la situation, par Siegfried Adlberger 9. L'orgue avec vent dynamique: objet de recherche ou instrument pratique?, par Daniel Glaus et Pascale Van Coppenolle 10. L'orgue Kraul en quarts de tons, par Johann Sonnleitner 11. Trésors organistiques de la Zentralbibliothek de Zürich, par Urs Fischer 12. Situation actuelle et perspectives en facture d'orgues, par John Mander 13. Rendre le son visible (au sujet des façades d'orgues et de leur emplacement dans les salles), par Burkhart Goethe 14. Présentation de la «Résolution de Zürich», par Michael G. Kaufmann 15. Visions du futur de l'orgue dans la vie culturelle européenne, conférence finale par Bernard Foccroulle • cinq tables rondes: 1. Pourquoi de nombreux orgues ne résistent-ils pas plusieurs siècles? 2. L'orgue dans le contexte ecclésiastique 3. Orgues déplacés, et les droits de l'orgue 4. L'attrait de la musique pour orgue dans des services planifiés en commun, par Wolfgang Sieber, organiste, Gabriela Schöb, cantor et Frieder Furler, théologien 5. La signification de l'orgue dans la société d'aujourd'hui • trois intermezzi, un «rafraîchissement musical», un concert d'orgue (pas seulement) pour les enfants, un «atelier de midi», présentation de musique liturgique pour orgue de jeunes compositeurs, par les étudiants d'Elisabeth Zawadke • Concert du soir au Grossmünster par Andreas Jost, titulaire de l'orgue • Musique liturgique pour orgue de jeunes compositeurs, par les étudiants d'Elisabeth Zawadke • Enregistrement public d'une émission de DRS 2 consacrée à l'interprétation «live» du Präludium und Fuge über B-A-C-H de Liszt avec discussion par quatre organistes. Et ce n'est pas tout: enchainant sur la journée du vendredi, la dixième «Nuit de l'orgue» de Zürich se déroulait en l'église Sankt Jakob, Stauffacher: de 19:45 à 06:00 le lendemain, de demi-heure en demi-heure, les afficionados ont entendu 20 concerts très variés, par autant de musiciens insomniaques... jusqu'au dernier numéro du programme, à 06:30: Organo tacet, avec «café et croissants pour ceux qui ont survécu»! N'oublions pas non plus l'après-midi du samedi, où une promenade d'orgues dans la ville permit d'entendre quatre instruments joués par les étudiants des universités de Zürich, Basel, Bern et Luzern. Pour finir la journée du samedi, deux séances du Jazzclub Mehrspur mettaient en scène l'orgue Hammond B3. Et ce n'est pas encore tout! En clôture du symposium, dimanche matin: service œcuménique en la Liebfraukirche et l'après-midi: présentation de l'orgue Kleuker-Steinmeyer de la Tonhalle, avec deux concertos pour orgue et orchestre de Richard Bartmuss par Ulrich Meldau. Ce serait enfin tout, si le programme ne détaillait, sur toute une page, pas moins de sept manifestations destinées tout spécialement aux enfants auxquelles hélas ceux qui suivaient les activités «pour les grands» du colloque n'ont pu assister. Mais tous les échos recueillis témoignent de la vitalité des acteurs, du bon accueil des participants, et de la réussite totale du projet. À toutes ces manifestations, sans compter le public parfois très dense aux différents concerts, une assistance nombreuse: pas moins de trois cents participants s'étaient inscrits au symposium, dont la répartition géographique confirme la remarque formulée plus haut: 200 Suisses (presque tous alémaniques), 50 Allemands, et 50 de toutes sortes de nationalités, dont 8 Autrichiens, seulement 4 Italiens (l'Italie est pourtant à un jet de pierre...), 4 Espagnols, 4 Polonais, 2 Suédois, 3 Anglais, 3 Roumains, 2 Norvégiens, 2 Belges, 2 Hollandais et... un Français ainsi qu'un unique représentant pour dix autres pays. Pas de raton-laveur. Les «Länderberichte» En vue de ce colloque, les organisateurs, pensant à juste titre que l'avenir de l'orgue commence aujourd'hui, avaient mis sur pied une grande enquête sur l'état présent de la culture organistique dans tous les pays d'Europe. Dans l'ordre alphabétique (en allemand!), les pays suivants ont répondu à l'enquête: Belgique, Bulgarie, Danemark, Allemagne, Estonie, France, Grande-Bretagne, Irlande, Italie, Croatie, Lettonie, Lituanie, Montenegro, Pays-Bas, Norvège, Autriche, Pologne, Portugal, Roumanie, Russie, Suède, Suisse, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Espagne, Tchéquie, Ukraine, Hongrie. Le lecteur attentif aura regretté l'absence de l'Islande et du Luxembourg... Le questionnaire portait sur le patrimoine organistique (nombre d'orgues, classification par grandeur et par époque, nombre d'orgues de salles, d'écoles, situation de la facture d'orgues et des restaurations, orgues déplacés). Un deuxième chapitre concernait la profession d'organiste: nombre d'organistes par catégorie (ici se manifeste le côté germanique de l'entreprise, un peu comme si toute l'Europe classait ses organiste en A, B, C et D...), organisation des études, nombre d'écoles et d'étudiants, perspectives professionnelles. Un dernier chapitre, consacré à la musique d'orgue et au concert traitait de la programmation de musique d'orgue dans les salles de concerts, de l'orgue à la radio, des concerts d'orgue et de l'orgue à l'église. Pour chaque pays, les organisateurs avaient demandé à un organiste local de remplir le questionnaire. (Parenthèse belgo-belge: le signataire de ces lignes, bien que francophone écrivant régulièrement dans le meilleur journal d'orgue flamand, et entretenant des relations collégiales, voire amicales avec bien des collègues de l'autre communauté, à cette occasion, a bien mesuré la distance qui, sans préjuger de ce que nos chers politiciens vont pouvoir encore inventer, sépare nos deux communautés...). Le traitement de ces informations pourrait en soi être le sujet de tout un symposium. Pris par le temps et l'ampleur de la tâche (à la fois de cette enquête, mais surtout de la mise sur pied de ces quatre journées très denses), les organisateurs ont cependant réussi à rassembler toutes les données en un syllabus, distribué aux participants. Il s'agit d'un volume de 233 pages reprenant, dans les deux langues officielles, les 29 rapports. On aurait sans doute simplifié la lecture et la consultation de cet important document en séparant les deux langues plutôt qu'en alternant celles-ci pour chaque rapport national. Les Bruxellois sont habitués à ces volumes bilingues dans lesquels chaque langue occupe un des côtés de la publication... Il suffit de parcourir ce rapport pour découvrir que la variété réside non seulement dans les faits analysés, mais aussi dans la façon de traiter l'enquête et d'y répondre: la diversité est bien la richesse de l'orgue en Europe! Comme le souligne dans sa brève préface le patron du projet, Markus T. Funck, ce travail n'est que la première pierre d'un monument à construire. Espérons que, poursuivant sur leur lancée, les organisateurs de Orgel | Orgue | Organo | Organ | 2011 auront à cœur de compléter cette collecte d'informations, outre par les rapports manquants, d'une large étude statistique puis synthétique, indispensable pour couronner l'ouvrage. La «Résolution de Zürich» Un des grands moments voulus par les organisateurs a été la lecture, puis la signature par tous les participants, de la «Résolution de Zürich» (Voyez-en le texte ci-dessous). Sans aller jusqu'à la rédaction, souhaitée par certains, d'une «Déclaration Universelle des Droit de l'Orgue», ce texte a été conçu pour sensibiliser les personnalités responsables en politique, dans la religion et le monde culturel, pour les motiver à trouver une attitude réfléchie et responsable face à l'instrument et aux professions qu'il génère (musiciens, artisans, enseignants). La séance officielle du samedi matin La dernière matinée du symposium se voulait plus «officielle». De brèves allocutions de quelques responsables de la ville, de l'Université, de l'église réformée et de l'église catholique ainsi que de l'ISO (International Society of Organ Builders) précédaient le discours de circonstance, rédigé et présenté par Bernard Foccroulle, qui avait choisi pour titre: Réflexions sur l'avenir de l'orgue dans la vie culturelle européenne. En un premier temps, l'orateur évoque brièvement quelques points forts de l'histoire de l'orgue, puis conclut que «l'orgue est un formidable miroir de la diversité culturelle européenne» et que le défi qui nous attend au début de ce XXIe siècle est celui de faire vivre l'orgue et sa musique. «Nous vivons désormais dans un monde globalisé: à nous de choisir entre le choc des civilisations et le dialogue entre les cultures». Bernard Foccroulle évoque les rencontres de l'orgue avec les musiques d'autres cultures ou avec d'autres formes d'expression (danse, littérature) qui, parfois demandent une plus grande ouverture d'esprit de la part de certains membres du clergé. L'orateur parle ensuite de la participation des publics, de l'immense chantier que représente un programme éducatif à destination de la jeunesse, des développements possibles de la facture d'orgues, avant de prôner la constitution d'une plate-forme européenne de l'orgue: «Bien que répandu à travers la plupart des pays européens, le monde de l'orgue n'atteint jamais la taille critique permettant de focaliser l'attention des mass-médias. Il nous appartient donc d'être créatifs et d'unir nos forces pour imaginer des événements d'une nature encore inconnue à ce jour». Impressions personnelles Que penser, que dire de ces quatre journées passées sous le soleil, tout près du magnifique lac de Zürich, sans toutefois pouvoir bien en apprécier la relative fraîcheur? Tout d'abord remercier les organisateurs, et les féliciter: tout s'est parfaitement déroulé, dans une ambiance détendue et conviviale. L'un des tous premiers résultats positifs de ces journées a certainement été les innombrables rencontres, les liens qui se sont créées ou renoués entre les divers professionnels et amateurs de l'orgue venus à Zürich. Pour ce qui concerne les communications, exposés et conférences, les journées de Zürich n'ont pas échappé à la règle, dans ce genre de rencontres: il y eut ceux qui n'ont pas grand chose à dire, mais le clament bien fort, ceux qui ont beaucoup d'idées mais préfèrent se taire, les experts à la mauvaise élocution, quelques beaux parleurs pas trop compétents, et heureusement, plusieurs savants charismatiques. Il y eut des tables rondes plutôt carrées, d'autres qui furent trop courtes, tant l'esprit y régnait, d'autres enfin, où l'on tournait... en rond. Espérons que la publication des actes de ces rencontres (aura-t-elle lieu? Elle n'a pas été annoncée...) mettra un peu d'ordre dans tout cela. Pour ma part, trouvant l'ensemble très stimulant et d'un fort bon niveau, j'ai cependant regretté, outre l'absence du monde de l'orgue latin déjà soulignée, que bien souvent, dans les exposés ou les débats les plus intéressants, le temps étant limité, il n'a pas été possible de creuser assez loin les différentes pistes en présences. Mais c'est bien la loi du genre! Ainsi, par exemple, tout en comprenant bien le souhait des participants à la table ronde sur le déplacement des orgues considéré comme une grande nuisance, j'ai trouvé qu'un défenseur de tels déménagements aurait pu souligner les effets positifs de semblables opérations dans les cas, de plus en plus fréquents, de fermetures, voire de démolitions d'églises. Une petite remarque sur les intermèdes musicaux, qui se sont déroulés dans la grande salle de la ZHdK, qui bénéficie d'un orgue de Kuhn, 1987 (II/23): sans doute convenait-il de démontrer que l'orgue est un instrument versatile, et qu'une des voies de son avenir passe par le décloisonnement des genres. J'avoue n'avoir pas été pour autant convaincu par ces improvisations dans divers styles, ces musiques dites liturgiques aux harmonies de musique très légère, ces moments où l'orgue accompagnait un cor de chamois, une yoddleuse, des percussions, de jeunes danseuses-chanteuses et autre beatboxer. Je ne crois pas avoir été le seul à penser que, malgré l'indiscutable bonne volonté et le travail fourni par tous les intervenants, il n'est pas tout à fait évident que l'avenir de l'orgue se trouve dans ces associations, tout originales qu'elles soient. Quant à la «Résolution de Zürich», il est évident qu'elle ne portera ses fruits que selon l'usage que l'on en fera. C'est à nous, membres de la grande communauté des professionnels de l'orgue, qu'il appartient maintenant de la faire circuler auprès de tous ceux qui, de près ou de loin, ont quelque chose à dire dans le monde de l'orgue. Soulignons encore la remarquable activité développée au cours de ces journées dans le domaine de l'animation pour les enfants et leur ouverture à l'orgue: là est certainement une des plus importantes voies qui s'ouvrent à nous! En résumé: une organisation parfaite, un beau geste dans le combat à mener pour tenter d'éviter les nuages noirs qui se profilent à l'horizon de tous ceux qui aiment et vivent de l'orgue. Orgel | Orgue | Organo | Organ | 2011 a été un succès. À quand (et où?..) un Orgel | Orgue | Organo | Organ | 2013, 2014 ou 2015? Jean Ferrard Manifeste ORGEL | ORGUE | ORGANO | ORGAN 2011 (La «Résolution de Zürich») L'orgue est pour l'Europe un bien culturel à rayonnement mondial. Depuis six siècles il laisse son empreinte sur la création, l'exécution et l'éducation musicale ainsi que sur la facture instrumentale. Mais il représente bien plus encore: au sein de l'Église et du christianisme il a eu et conserve une influence décisive sur le patrimoine et les valeurs intellectuelles et spirituelles dont s'enorgueillit à juste titre l'Europe. L'orgue exerce une fascination sur les hommes, autant comme œuvre d'art complexe et individualisée que pour ses capacités sonores incommensurables. Conformément à l'esprit de la convention de l'UNESCO sur la protection et la mise en valeur de la diversité culturelle, l'orgue en bon état et le jeu artistique de l'instrument entretiennent le patrimoine culturel, suscitent des formes d'expression musicale de notre temps et favorisent le dialogue avec d'autres cultures. Ainsi, l'orgue renforce l'identité culturelle de l'homme. À une époque de changements rapides voire de ruptures sociales, les spécialistes de l'orgue de l'Europe entière ici rassemblés, interprètes autant que facteurs d'orgues, conscients de l'histoire mouvementée de leur instrument, entendent souligner son importance pour la société actuelle et future. Ils constatent avec inquiétude: • que la culture organistique en Europe court le danger de perdre l'attention et la reconnaissance qu'elle mérite, • que depuis plusieurs décennies, avec le recul d'une socialisation issue de la pratique religieuse, la familiarité du public vis-à-vis de la musique d'orgue s'estompe, • que dans les services religieux l'orgue n'est pas perçu comme instrument innovant et ouvert, notamment à d'autres styles de musique, et se voit évincé par d'autres instruments, voire par des musiques en boîte, • que l'orgue est peu présent dans les programmes des organisateurs de concerts, dans les organes de diffusion (radio et télévision) ainsi que dans les médias imprimés, • que l'intérêt porté à la formation des organistes, notamment dans les conservatoires de musique, s'effondre de toute part, • que dans certains pays européens trop peu de crédits sont disponibles pour l'entretien et la conservation d'orgues de valeur, qu'ils soient historiques ou neufs, • qu'en raison de changements de destination des salles ou par simple désaffection, certains orgues dans les églises et salles de concert ne sont plus utilisés et, de ce fait, sont laissés à l'abandon ou évacués. Ils s'adressent, avec des propositions pour l'amélioration de la situation, aux responsables politiques, ecclésiastiques et culturels, et plus particulièrement aux institutions de l'U.E. et de l'UNESCO, aux gouvernements, aux autorités et dignitaires des églises, aux écoles et conservatoires de musique, aux organisateurs de concerts et aux médias. Ils les engagent: • à aborder la culture organistique comme partie intégrante de la vie culturelle publique, • à donner une place adéquate à la musique d'orgue dans le culte religieux, le concert et la diffusion radiophonique, • à initier enfants, adolescents et adultes à la culture de l'orgue à travers des programmes de sensibilisation et des concerts attractifs, en leur insufflant de l'enthousiasme pour la musique d'orgue ainsi que pour la richesse et la plénitude sonore de l'instrument, tout en suscitant l'intérêt pour cette merveille de la technique, • à intégrer l'enseignement de l'orgue dans les cursus d'apprentissage instrumental, • à signaler aux jeunes les métiers passionnants qui s'offrent à ceux qui jouent ou construisent les orgues, • à proposer ou à développer la formation d'interprètes organistes, professionnels ou non professionnels, • à accorder un accès gratuit aux orgues d'église disponibles pour la formation au service de l'église et à soutenir cette formation par un temps d'entraînement adéquat, • à préserver l'unité stylistique des orgues de qualité existants, en évitant de porter atteinte à leur intégrité par des reconstructions irréfléchies, • à nommer et à rémunérer convenablement les employés musiciens d'église, • à dégager les moyens financiers nécessaires à l'entretien des orgues ainsi qu'à leur documentation et leur protection patrimoniale, le cas échéant sur un plan transfrontalier, • à garantir, par l'implication de tous les spécialistes concernés, la qualité des instruments ainsi que celle du jeu concertant et liturgique de haut niveau. Ils sont convaincus qu'à travers toutes ces mesures, la situation de l'orgue et du jeu organistique s'améliorera, aboutissant à un intérêt accru de la part d'un large public. Traduit du texte original allemand, ce dernier étant la version officielle 28.09.2011 | |
| 28 II 2011 | Légion sont les honneurs... |
| Le texte qui suit, de la main de Jean Guillou, a été aimablement communiqué au M'O+ par la revue française Orgues Nouvelles, dont le numéro 11 comprend un dossier de 14 pages et un supplément musical consacrés à l'orgue en Belgique.
www.orgues-nouvelles.org Légion sont les honneurs... Plaisante intrigue où, curieusement, sur la seule raison apparente d'avoir vécu quatre-vingts ans, un gouvernement décide un geste inattendu, enflé de bienveillante volonté, comme s'il semblait devenir important que je m'établisse tout à coup dans quelque fauteuil «honorable», après avoir, moi, citoyen français, erré si longtemps, porté par une activité mal définie, nulle part établie, et dont le seul titre, le seul engagement professionnel en France restait mon titulariat purement bénévole. Ce regard officiel subitement incliné vers un «citoyen» non établi sur un territoire qui ne lui avait jamais rien offert n'était-il pas un peu inquiétant? Que signifiait donc, subitement, cette intronisation pour moi aussi étrange que si l'on m'avait soudain revêtu d'un caraco dont j'ignorais l'affectation? Afin de donner une raison plus précise à mon refus de «décoration», il n'est pas inutile d'examiner ici la politique, ou plutôt, la non-politique musicale et le comportement totalement arbitraire et incohérent de la France dans ce domaine depuis le début du XXe siècle. L'actualité, il est vrai, me donnait assez de motifs flagrants de refuser cet ornement social et la presse s'en est fait suffisamment l'écho pour ne pas avoir besoin, ici, de les énumérer, le plus spectaculaire étant cette loge de compositeur supprimée à la Villa Médicis au bénéfice d'une gentille chanteuse de chansonnettes. Le passé, cependant, offrait déjà bien des exemples de cette non-politique. Revenons en arrière... On avait édifié, à l'occasion de l'exposition de 1878, sur les hauteurs de Passy, une immense salle de concert circulaire qui fut appelée le Palais du Trocadéro. Un orgue occupait en fronton la place d'honneur. On l'avait fait construire par le célèbre facteur Cavaillé-Coll. Il fut joué par Franz Liszt, Guilmant, Widor et plus tard Dupré qui y donna l'intégrale de l'œuvre de Bach. Le style de cette salle pourrait sans doute être comparé à l'Albert Hall de Londres, de la même époque et que les Anglais ont su, eux, conserver avec son orgue. Car on détruisit le Trocadéro à l'occasion de l'Exposition de 1937 (peut-on imaginer le travail et le massacre que représentait une telle destruction?) et l'on édifia, là et non ailleurs, ce qui devint la salle du Palais de Chaillot. Sans s'attarder sur le crime que pouvait représenter l'anéantissement d'un tel édifice, précisons cependant que la nouvelle œuvre qui surgit de cette même place fut, elle aussi (mais dans un style tout différent, le « modern-style » s'étant alors affirmé - il est normal et souhaitable que chaque époque exprime de nouvelles idées artistiques), une réussite à la fois esthétique et acoustique. J'avais entendu dans cette salle maints concerts d'orchestre et de solistes et j'y avais joué moi-même : l'atmosphère et l'ambiance sonore y étaient idéales. On y avait transporté l'orgue de Cavaillé-Coll, mais en le dénaturant, comme on le sait... Cependant l'importance de cet instrument permettait, malgré tout, d'énormes possibilités. Le grand metteur en scène Jean Vilar s'établit dans cette salle aux côtés des musiciens pour y instituer son «Théâtre National Populaire» et donner là de mémorables représentations. Mais à la mort de celui-ci vinrent de nouveaux metteurs en scène qui, eux, prétendirent représenter les œuvres de leur choix avec tout l'accessoire habituel de décors. Mais Vilar, lui, n'utilisait jamais de décors! C'est pourquoi il se trouvait à l'aise dans cette salle de concert. Aussi ses successeurs se plaignirent-ils de l'exiguïté de la scène et, victimes de la non-culture musicale française, ne comprirent pas que l'on ait pu construire une telle salle uniquement pour la musique. Que fit-on? Au lieu de dire «allons jouer dans une salle de théâtre et laissons place à la musique», M. Jacques - pardon, Jack - Lang, nommé directeur du Théâtre de Chaillot, résolut sa destruction pour la restructurer en salle de théâtre d'ailleurs fort laide! Voilà donc ce qu'il advint des deux plus belles salles de concert de Paris... Deux nouvelles salles, deux nouveaux orgues... Entretemps, on avait construit le théâtre des Champs-élysées, doté, lui aussi, d'un orgue, mais que l'on joua si peu qu'il faudrait chercher beaucoup pour pouvoir lire la moindre relation de concert donné avec cet instrument. Aussi, très vite, on l'abandonna mais, encore aujourd'hui, la modeste façade subsiste, cachant l'emplacement intérieur vidé de son contenu. La console elle-même a disparu depuis longtemps. On construisit la salle Gaveau, également dotée d'un assez bel instrument de dimension moyenne. D'où venait donc cette constance dans la planification d'instruments que l'on s'empressait ensuite d'oublier et de jeter? En effet, l'orgue fut déposé vers 1980 à la «faveur» d'une restauration de la salle et expédié dans une église normande. Il ne reste plus, dans la salle elle-même, que la façade dont l'illusion, semble-t-il, suffit aux activités musicales: beau symbole! La salle Pleyel Enfin, il y eut la salle Pleyel, contenant à peu près le même nombre de places que la salle originelle du Palais de Chaillot mais qui, contrairement à celle-ci, n'est pas un exemple d'architecture et subit, principalement à cause de graves problèmes acoustiques, de nombreuses modifications. Elle avait été construite vers 1930. à cette époque, la manufacture d'orgues Cavaillé-Coll ayant été rachetée par la manufacture de pianos Pleyel, on construisit un orgue d'environ 80 jeux sur 4 claviers avec de grands jeux de fonds et d'anches (et une Bombarde de 32'.) Manifestement, l'architecte ignorait tout de l'instrument ainsi que de la production et la propagation du son: il plaça cet orgue dans une déplorable «prison», de sorte que ce grand et riche instrument sonnait comme s'il avait été entièrement logé dans une boîte expressive définitivement fermée. Il aurait d'ailleurs été possible de modifier cette situation car, tel qu'il se présentait, cet orgue savait affirmer une présence et une certaine richesse. Je fus assez heureux pour le jouer une fois, après y avoir entendu Jeanne Demessieux dans un programme Bach et Rolande Falcinelli dans l'œuvre intégrale de Marcel Dupré, en présence de l'auteur. Puis survint, dans les années 70, une modification de la salle qui entraîna l'élimination pure, simple et définitive de l'orgue! Oui, les quelque 6000 tuyaux en bel étain furent simplement jetés à la poubelle - la grande poubelle du monde musical parisien! - où ils retrouvèrent la salle du Trocadéro, l'orgue des Champs Elysées et celui de la salle Gaveau... Il me fallait conter ces aventures afin de mieux exposer le contexte musical français, où l'atmosphère demeure toujours, depuis longtemps, semblable. C'est pourquoi je m'étais accoutumé à l'idée de vivre en Allemagne, jusqu'au jour où, par une série de circonstances étranges, je fus amené, presque malgré moi, à accepter la fonction d'organiste titulaire que l'on m'offrait, sans que j'en aie fait la demande, à Saint-Eustache à Paris. Saint-Eustache Lorsque j'arrivai dans cette église, l'orgue était déjà en reconstruction. Pourquoi cette tribune de Saint-Eustache s'était-elle trouvée libre? Parce que le précédent titulaire, André Marchal, avait donné sa démission en geste de protestation, la Ville de Paris ayant refusé d'attribuer les travaux au facteur recommandé et soutenu par lui. Lorsque j'arrivai à Paris, on avait déjà engagé le facteur Jean Herman pour cette nouvelle structuration d'un orgue qui avait été maintes fois transformé et déformé depuis sa construction. Ma seule influence fut alors de faire ajouter (en ayant trouvé un mécène pour ce budget supplémentaire) une deuxième console placée dans la grande nef, afin de pouvoir jouer avec orchestre ou avec différents instruments. Je m'initiai alors à l'engrenage administratif inhérent à tous travaux sur les orgues des églises financés par la Ville ou par l'état, lequel est bien particulier à la France. Tout se décidait alors - et se décide encore - selon la bonne volonté d'un «expert» et d'une «commission». Je me souviens qu'une conversation avec l'expert de cette époque nécessitait une certaine intensité vocale pour être comprise! Beaucoup de jeux de l'orgue, il est vrai, ont un son assez intense pour être perçus aisément... Le métier de cet expert, par ailleurs, était le commerce. Inutile de dire que son plan des travaux fut hautement visionnaire. Du reste, il n'y eut pas d'achèvement car Jean Herman, hélas, mourut d'un cancer, après deux années de travaux. La maison Gonzalez étrangement - soit les décideurs changèrent, soit ils changèrent d'opinion, soit encore ils répugnaient à prendre une décision qui eût convenu au titulaire... - la ville de Paris imposa alors la maison Gonzalez qui avait été naguère refusée à André Marchal, laquelle maison ne m'inspirait, à moi, nouveau titulaire, aucune confiance! Ce choix fut donc fait contre mon gré, et voilà ce que je voudrais mettre ici en relief: jamais il ne fut question à cette époque, ni pendant toute la période de mon exercice à Saint-Eustache (c'est-à-dire durant bientôt un demi-siècle), que l'on me laisse le moindre mot à dire sur les travaux à entreprendre. En aucun cas les orgues que j'avais conçus en Europe ne me donnèrent accès à une quelconque décision à prendre. Des commissions de plus de dix personnes venant de toutes parts et aux opinions souvent contraires aux miennes étaient formées, de nouveaux «experts» étaient nommés, et jamais on n'eut l'idée d'offrir la moindre oreille à mon opinion, ni à mes avis. J'inaugurai finalement l'orgue en 1969 et en 1976, l'orgue fut déclaré «injouable» par la ville! Celle-ci m'interdit même de tenter de le jouer, car il y avait, par les caprices du matériel électrique installé par Gonzalez, risque d'incendie! Un orgue muet Je demeurai donc sans orgue, entre 1976 et 1989. Mais, que l'on se rassure, je ne fus pas abandonné à l'inaction, ni abandonné à la création car, outre mon activité de composition et de concerts, j'eus à répondre à un procès que me fit le facteur d'orgue Gonzalez, pour avoir osé écrire que l'orgue ne fonctionnait plus et qu'il fallait le reconstruire. Mais la simple constatation des faits et l'interdiction de jouer ne suffisaient pas. Personne, du reste, ne s'avouait responsable... La ville se désintéressa totalement de l'instrument durant un assez grand nombre d'années et fit en sorte qu'aucune reconstruction ne fût envisagée, ce qui résolvait tout problème alors que d'autres massacres s'accomplissaient. Mon existence musicale parisienne se trouvait donc abolie. Environ dix années plus tard, de nouveaux travaux furent entrepris par un autre facteur français, aboutissant à une nouvelle catastrophe qui coûta fort cher à la ville. Celle-ci paya sans compter, subissant les ridicules, bien à l'abri par les décisions des «Experts» et des «Commissions». J'avais alors écrit qu'il serait indispensable, afin d'obtenir un meilleur résultat, de faire un appel d'offres international. Il fallut subir cette nouvelle catastrophe pour qu'enfin cet appel d'offres fût entrepris. Mais le choix fut tout simplement accordé au facteur le moins exigeant financièrement... Les nouveaux travaux Une nouvelle fois, je n'eus que le droit de me taire! Je travaillai alors à la conception de l'orgue de la Tonhalle, cette merveilleuse salle de concert de Zürich qui avait été dessinée par l'architecte de l'Opéra de Vienne et inaugurée par Brahms. Pour cet instrument comme pour tous les autres, je travaillai seul avec le même facteur d'orgue Detlef Kleuker et j'en étais le seul responsable. Mais pour l'orgue dont j'étais le titulaire, je n'avais rien à dire, personne du reste, à l'époque comme aujourd'hui, ne se sentant responsable du projet... Avec tout l'argent qui fut dépensé pour l'orgue de Saint-Eustache entre 1963 et 2010, on aurait pu construire dix orgues neufs ou plusieurs «Orgues à Structure Variable». Le premier soin de l'administration Chirac (celui-ci avait été élu maire de Paris en 1977) fut de créer une «Commission» composée de chers confrères aux opinions les plus divergentes et aux volontés parfois les moins obligeantes. Cependant, le nouvel expert de la ville, Jean-Louis Coignet me communiquait amicalement son désir d'introduire quelques-unes de mes idées à l'intérieur du projet général de ce nouvel orgue. C'est ainsi qu'il fit intégrer, entre autres, mon idée du Cornet de Flûtes harmoniques que j'avais fait construire pour la première fois sur l'orgue de Bruxelles. Mais l'idée d'une traction mécanique avec six machines Barker contre laquelle je m'élevai violemment fut imposée par la Commission et par le facteur: on a vu depuis à quels ennuis continuels, à quels inconvénients majeurs et à quelles nouvelles dépenses financières cela pouvait conduire, tout en offrant aux pauvres organistes une transmission imprécise, paresseuse, bruyante et inexacte. Une vie musicale à l'étranger Mais pourquoi revenir sur tant de souvenirs? Peut-être pour souligner que je fus contraint d'envisager un avenir ailleurs qu'en France. Ayant commencé ma carrière musicale au Portugal, je l'ai poursuivie à Berlin où je fus généreusement soigné et accueilli, où j'ai eu le privilège d'entretenir une amitié chaleureuse et fidèle avec Karl Richter. En France, aucun enseignement ne me fut offert alors qu'à Zürich, le Dr Gerber, grand mécène, créait ce «Meisterkursus» qui me permit, aux côtés de Geza Anda, Nathan Milstein et Gregor Piatigorsky, pendant 35 ans, de m'imprégner des espoirs de plus de 300 jeunes artistes de toutes origines. Quelle signification pouvait avoir pour l'état français, et pour moi, cette «décoration» que l'on m'attribuait en ignorant sans doute que tout ce qui est «décor» demeure étranger à toute poésie? Sans doute est-ce dans le même esprit que Chatterton refusait, en répondant par le sacrifice de sa vie, la fonction de premier valet de chambre, et sans doute aussi est-ce un peu devenir valet pour un artiste que de s'introduire au sein de telles institutions. Certes, il est plus aisé de donner à l'«honneur» un cadre militaire. Laissons au temps le soin d'attribuer ses distinctions, lesquelles, si nous les connaissions, ne sauraient rien modifier de notre ouvrage. Laissons le «décor» à ceux qui en vivent, à ceux qui en font leur raison d'être et la base de leur succès professionnel. Il s'agit là d'un autre monde sur lequel ni Utopus, ni Thomas More n'eussent souhaité se baser. Jean Guillou | |
| 16 VII 2010 | Les voyages forment-ils la jeunesse? [2] |
| Dans ce cas, le rédacteur du M'O+, a encore sensiblement rajeuni. Par ailleurs, il peut se féliciter d'avoir le lectorat le plus patient du monde: voilà deux mois que le flux quotidien des mises en ligne s'est tari. Et rares sont les réclamations parvenues à la rédaction. On pourrait se dire: «C'est qu'il y a peu de lecteurs». Eh bien non, la fréquentation du site est restée vraiment stable durant cette période.
Je vous dois quelques explications sur ce long silence: tout d'abord un voyage de six semaines aux États-Unis, pour lequel j'avais emporté une cinquantaine de CD's, me promettant de rédiger le compte rendu d'un CD par jour. Promesse vaine, tant le voyage s'est révélé passionnant: villes fantastiques (New York, New Haven, Boston, Ithaca, Buffalo, Atlanta), sites universitaires remarquables (Yale, Harvard, Cornell, Wellesley), amis de qualité, plus quinze jours de visite familiale à Atlanta, pour célébrer l'anniversaire du fils du rédacteur du M'O, et profiter du début des vacances d'été de ses petits-enfants américains. Au retour, une seule semaine a permis d'encoder la trentaine de CD's reçus entretemps, de configurer l'iPad acheté aux USA, de lire et traiter le courrier de six semaines, et de préparer un nouveau périple de quinze jours en Suisse et dans le midi de la France, comportant deux concerts, et deux anniversaires familiaux. Les quinze CD's emportés à l'occasion ont subi le même sort que ceux pris aux USA. Il faudra se résigner: la rédaction du M'O ne se fait aisément que dans le bureau bruxellois! C'est donc dire que votre patience, dès le 15 juillet, arrive à son terme: le prochain voyage prévu se situe la première semaine d'octobre, pour le jury d'un concours d'orgue en Autriche. Mais il faudra envisager une autre méthode de travail pour 2011/2012, année académique au cours de laquelle votre serviteur est engagé comme professeur d'orgue à l'Université de Cornell, à Ithaca, dans le nord de l'état de New-York! Il y disposera d'un tout nouvel orgue actuellement en voie d'achèvement, construit par le facteur japonais Munetaka (l'auteur du magnifique instrument de Göteborg). Un grand deux claviers sur le modèle des rares instruments construits par Arp Schnitger dans la région de Berlin, dont les premiers jeux, touchés il y a un mois, promettaient une grande réussite! Un autre grand moment de ce périple américain a été la semaine passée à New Haven, à travailler à la superbe bibliothèque Beinecke de livres rares et manuscrits, sur le campus de Yale University. Là se trouve un manuscrit de 329 pages (Osborne 533, connu il y a quinze ans, lors de son achat à prix d'or sous le nom d'un de ses anciens propriétaires, Novello, et ayant appartenu plus tard à Saint-Saëns puis à Gigout…) de musique des Pays-bas du sud, portant la date de 1651 et comprenant quelques pièces connues par ailleurs de Van den Kerckhoven, Sweelinck et Frescobaldi, ainsi qu'une dizaine de compositions que l'on peut attribuer à Henri Liberti, le successeur de John Bull à la cathédrale d'Anvers. Il ressort des contacts pris sur place, qu'aucun chercheur n'étudie actuellement cette source très riche, et vous imaginez bien que c'était une occasion à ne pas laisser passer. Délaissant la transcription en cours, en vue d'édition de l'entièreté du manuscrit Van den Kerckhoven (et accessoirement tout travail sur le M'O+), j'ai mis à profit tous les moments libres de ces semaines à transcrire une bonne partie du manuscrit: un tiers en est déjà réalisé, et la musique se révèle de grande qualité… On peut attendre le compte rendu de cette future publication dans les pages du M'O+ sans doute dans les premiers mois de 2011… La rédaction du M'O tout entière vous souhaite un excellent été, libéré de football, et bientôt alimenté en nouvelles mises en ligne sur votre site préféré! | |
| 2 V 2010 | Les voyages forment-ils la jeunesse? |
| Dans ce cas, le rédacteur du M'O+, bien qu'atteint, comme on dit élégamment, par l'âge de la retraite, se sent rajeunir tous les jours. Au détriment, ces deux dernières semaines, de son travail d'écriture des commentaires du M'O+, qui semble avoir été enfumé par un volcan islandais. C'est que, du 14 au 18 avril, il était à Vienne, avec un triple objectif. Le premier: rencontrer son vieil ami Michael Radulescu, lui aussi récemment promu au rang de professeur d'orgue émérite. Hélas, celui-ci, fatigué par trop de voyages, annula au dernier moment la soirée que nous nous réjouissions de passer dans un de ces célèbres Heurige de Grinzing (pas Grenzing!), sur les collines viennoises, que hantèrent Beethoven et Schubert. Les voyages, parfois, nuisent à la jeunesse... Le deuxième but du voyage: participer à l'assemblée générale d'ECHO (European Cities with Historical Organs) au cours de laquelle devait être présentée la nouvelle anthologie de musique contemporaine pour orgues anciens. Je vous parlerai plus tard de ces Nuovi Fiori Musicali rassemblées par Reinhard Jaud et publiées par Doblinger, pour de simples raisons de limite de poids des bagages (ça à l'air étrange; l'explication va suivre). Dans cette anthologie qui réunit autant de compositions qu'il y a de villes membres d'ECHO (pas plus d'une par pays européen), Bruxelles se retrouve à deux reprises: par l'œuvre qu'elle a proposée, une Battalla de Joris Verdin, et par la pièce composée par Bernard Foccroulle pour l'orgue de chœur d'Alkmaar, contribution de cette dernière ville. Lors du concert de présentation, on entendit quatre des onze pièces dans un concert donné sur l'orgue de Sankt Ursula qui fut celui de la classe d'Anton Heiller, puis de son successeur Michael Radulescu. Spiegel de Bernard Foccroulle fut joué par Pieter van Dijk; la composition présentée par Innsbruck par son compositeur, le viennois Peter Planyavsky; la pièce avec chœur de Caroline Charrière (pour Fribourg) par Josef Loibner, étudiant de la classe du nouveau professeur de Vienne, Pier Damiano Peretti; et enfin, celle de Luc Antonini (pour la ville de Toulouse), par le luxembourgeois Gilles Leyers, «jeune organiste ECHO de l'année 2010». Ce titre, conquis lors de sa victoire au dernier concours de Freiberg, lui vaudra, le 18 septembre prochain, de donner un récital en l'église du Finistère de Bruxelles (voyez la page «Agenda» du M'O+). Malheureusement, le fumiste islandais avait obscurci les cieux européens, et plusieurs invités, compositeurs et directeurs artistiques d'ECHO n'arrivèrent pas à Vienne... Pour ma part, je dus mon salut, pour le retour, au fait que Gilles Leyers avait été forcé pour les mêmes raisons, de venir de Luxembourg en voiture et non pas en avion. Arrivé quelques heures avant le concert (qu'il avait heureusement préparé sur place quelques semaines plus tôt), il avait deux places libres pour le retour, que je pus donc partager avec Pieter van Dijk, en ces jours ou bien des voyageurs se trouvèrent immobilisés un peu partout dans le monde. Le troisième objectif de ce voyage était l'étude d'un manuscrit de la Bibliothèque nationale de Vienne: un tout petit volume (9 x 12 cm), relié en parchemin, ne comprenant que de la musique attribuée à John Bull, et dont toutes les pièces sont notées en tablature allemande (le volume comprend également cent cinquante canons du Docteur Bull, écrits sur des portées normales). Moments de découvertes, de joie, de sentiment de bonheur exclusif: celui de pouvoir consulter, toucher, examiner, étudier ce très précieux document à l'aide de l'énorme loupe qu'il fallut bien acheter dans un magasin spécialisé! Et rencontre avec des musicologues aimables, compétents, intéressés et intéressants. Le plaisir aussi, forme la jeunesse! «Bon, direz-vous, mais cela n'explique pas la maigre moisson de l'éditorial 19 du M'O+!». C'est que, entre le retour de ce voyage agité et le moment où j'écris ces lignes, confortablement installé dans les fauteuils du lounge d'American Airlines à l'aéroport Charles de Gaulle, il a fallu boucler une foule de dossiers, avant de quitter la Belgique pour un périple de six semaines aux États-Unis, embarquement dans à peine plus d'une heure. C'est ici que se justifie l'absence de la présentation des Nuovi Fiori Musicali: il était exclu d'emporter des livres dans l'unique valise qu'autorise la sécurité américaine. Mais soyez rassurés: le vaillant WebMaster du M'O+ a introduit dans la mémoire illimitée de mon fidèle MacIntosh autant de CD's que mon voyage comptera de jours. Et j'ai emporté avec moi une petite dizaine de DVD's, de quoi meubler les heures de vol et inaugurer la quatrième et dernière page «...thèque» du M'O+. Mais avant tout, je vais réécouter avec plaisir le beau CD de Benoît Mernier (CD_4298) qui depuis quelques jours est en vitrine de la boutique, mais dont je n'ai pas encore trouvé le temps de rédiger le commentaire. Oui! Les voyages forment la jeunesse! | |
| 27 III 2010 | Francfort vaut bien une messe! |
| Vendredi 26 mars, 07:25. Le rédacteur et le WebMaster du M'O+ traversent la jonction Nord-Midi attablés dans le «Board-Bistro» de l'ICE Bruxelles-Francfort. Le train file vers Liège et croise des dizaines de convois de navetteurs sans que les deux compères se laissent distraire de leur omelette aux petites saucisses de Nürenberg, accompagnées de toutes sortes de pains gris, brun et noir. à peine trois heures plus tard, ils montent dans le premier S-Bahn qui, après deux arrêts, les dépose en plein milieu de l'immense Messegelände francfortoise, siège comme tous les ans à pareille époque de deux foires jumelées: prolight+sound (salon international des technologies et services de l'événement et du spectacle) et la Musikmesse (salon international des instruments de musique et des partitions, de la production et du marketing de la musique). Dès l'entrée, on est frappé par l'organisation, absolument parfaite: signalisation omniprésente et très claire, stands d'informations à tous les coins de palais et croisements des longs couloirs, dotés de trottoirs roulants pour épargner la fatigue aux visiteurs qui vont abattre des kilomètres dans les palais qui les intéressent. Nous sommes là pour la musique: faisons donc l'impasse sur les palais 6.1, 8.0, 9.0, 11.0 et 11.1, réservés à l'autre salon. Les palais 1.1, 1.2, Forum 0, Forum 1, 3.0, 3.1, 4.0, 4.1, 5.0, et 5.1 doivent suffire à notre plaisir. En réalité, nous passerons l'essentiel de notre temps dans une petite moitié du 4.1, où sont rassemblés les éditeurs de musique. Car s'il ne fallait tirer qu'un enseignement de la visite, ce serait une grande leçon de modestie: la musique classique n'est qu'une très petite partie de ce qui est présenté à Francfort, et l'orgue, dans tout cela, est bien peu de chose. Une preuve entre cent: tous les jours, les visiteurs reçoivent un exemplaire de Frankfurt daily, le journal de la foire: tout en couleur, de format A3 (fermé!), ces 56 pages contiennent évidemment un bon pourcentage de publicité, mais apportent aussi des échos sur tout ce qui se passe dans la foire. Mis bout à bout, les passages concernant la musique «acoustique» n'arrivent pas à en remplir deux pages, dont les trois quarts concernent le jazz et la musique dite «légère». Quasiment rien donc pour le classique, et absolument rien pour l'orgue! Et si vous voulez une confirmation: le catalogue officiel des deux foires réunies (1.206 grammes cette année!) permet d'établir toutes sortes de statistiques, qui vont dans le même sens. Un éditeur italien nous déclare que, si la crise n'a pas vraiment frappé son domaine, il en décèle les attaques dans les palais consacrés aux applications de l'électronique à tous les aspects de la musique. De fait, une brève excursion dans ces palais nous permet de constater (malgré une activité très bruyante, et l'habituel lot d'hôtesses suggestivement déshabillées) un nombre plus grand que d'habitude d'espaces libres, de surfaces non utilisées. Et puis, comme le fait remarquer notre interlocuteur, il suffit d'observer les tapis dans les couloirs du palais 4: d'habitude, ils couraient d'un bord à l'autre des allées; cette année, on a laissé de part et d'autre une parité du sol non couverte: la crise est passée par là! N'allez surtout pas croire que nous avons perdu notre temps: la moisson fut bonne, même si la visite commença par un couac notoire: le responsable du stand des éditions Dohr déclara sans laisser place à la moindre discussion, qu'il n'était pas question pour lui de communiquer ses publications à un journal électronique. Ce ne devait pas être lui qui, il y a une dizaine d'années, s'était littéralement mis à genoux devant l'éditeur du Magazine de l'Orgue pour qu'il rende compte de ses partitions jaunes, dont un volumineux paquet arriva quelques jours plus tard à la rédaction (les mêmes éditions Dohr dont le livre de Hans Steinhaus sur dom Bédos vient de faire l'objet d'une mise en ligne: B_2122, qui sera donc la dernière concernant cette petite maison d'édition allemande). Heureusement, durant toute la suite de la journée, l'accueil fut partout excellent et les colonnes du M'O+ s'enrichiront dans les semaines à venir du fruit de quelques contacts fructueux: nous avons fait connaissance avec Frédéric Denis, des éditions Delatour (faites une recherche sous ce nom dans la partithèque et la bibliothèque, pour retrouver les titres déjà traités, et ceux qui sont dans la file d'attente). Parmi les nombreux nouveaux titres pour orgue, on remarque plusieurs partitions auxquelles sont joints l'enregistrement sur CD des œuvres qui y sont imprimées. Nous les recevrons bientôt, et vous en lirez aussitôt la présentation. Les relations avec la presse chez Bärenreiter sont depuis de longues années entre les mains efficaces de Johannes Mundry, qui nous a fait parvenir il y a moins de huit jours le dernier volume de l'édition Sweelinck, et annonce pour 2010 un nouveau volume Vierne, et un autre dans l'intégrale Frescobaldi. Le stand de ce grand éditeur met l'accent sur les onze volumes de l'intégrale Bach, réunis en un coffret, maintenant que la Neue Bach Ausgabe est terminée. Après une saucisse, un verre d'eau et une crème glacée, il est grand temps de faire connaissance de deux dames avec qui nous avons pendant longtemps échangé des courriers électroniques, sans jamais nous rencontrer: Marie Ecarnot, qui nous reçoit très gentiment chez Schott, nous ayant envoyé il y a peu de temps un paquet de partitions récentes (voyez P_3665 à P_3675 et naviguez de l'un à l'autre en utilisant les flèches vertes...), n'a pas de nouveauté organistique particulière à nous montrer. Quand même, dans les 48 pages du catalogue spécifique «Orgue - harmonium», nous découvrons un Boléro de Ravel pour le moins original! À suivre... Chez Breitkopf, c'est Mélisande Bernsee qui nous annonce avec une fierté bien justifiée que, le matin même, un des prix pour la meilleure édition de l'année (Deutscher Musikeditionspreis) a été accordé à sa firme pour le catalogue thématique des œuvres de Felix Mendelssohn Bartholdy rédigé par Ralf Wehner. Le jury a déclaré, sans risquer de se tromper que le MWV va prendre sa place à côté des BWV et KV, aujourd'hui universellement utilisés. Dans les nouveautés à venir: les deux premiers volumes d'une nouvelle édition Bach, dont l'un est préparé par Pieter Dirksen (Sonates en trio, trios et concertos transcrits) et l'autre par Werner Breig Clavierübung III, chorals de Schübler et Variations canoniques). D'autre part, les opus 37 et 65 de Mendelssohn viennent de paraître, dans l'édition de Christian Martin Schmidt. Dès qu'ils arriveront à Bruxelles, vous saurez tout sur cette série dont deux volumes qui étaient dans la file d'attente du M'O compléteront le tableau. C'était devenu presqu'une blague, entre le représentant de Suvini Zerboni et moi: chaque année, je lui demandais si le dernier volume de leur édition Frescobaldi serait pour l'an prochain... et nous nous quittions sur deux sourires entendus: «à l'an prochain…». Tout à une fin: les Fiori Musicali sont enfin sorties de presse, et je rentre de Francfort avec la promesse de les recevoir très bientôt. Waltraud Graulich, qui nous reçoit chez Carus, n'est pas peu fière de la nouvelle édition Reger, préparée en collaboration avec le Max-Reger-Institut Karlsruhe, qui sera présenté le 15 avril prochain à la Gaisburger Kirche de Stuttgart. à côté du premier volume sur sept prévus pour l'orgue (à paraître jusqu'en 2014), on trouve sur un CD-ROM une formidable documentation pour chaque œuvre: manuscrit autographe, première édition, et la présente édition, avec des outils de navigation et de comparaison extrêmement puissants et sophistiqués, et la possibilité de se référer à de multiples références: appareil critique, références bibliographiques, commentaires et correspondance de Reger! Sans aucun doute, nous sommes ici en présence d'une vraie révolution dans l'édition musicologique. Non sans raison, la responsable nous indique que ce Reger révolutionnaire ne nous sera pas communiqué avant que le monument organistique précédent de Carus ne soit présenté dans le M'O+. Attendez-vous donc à lire très bientôt la présentation des 13 volumes de l'édition Vierne (P_3532)! Sur le chemin du retour vers le S-Bahn, un petit détour entre les guitares et les stands des luthiers italiens nous fait passer devant un petit stand où mon œil d'organiste ne peut manquer de remarquer des images familières: d'une part le portrait de Girolamo Frescobaldi, d'autre part une page de la gravure si élégante de ses Toccatas. Ce sont des puzzles, qu'un jovial italien (qui se révélera être lui-même organiste) a imaginés. Ennio Cominetti est un de ces organistes qui font en un jour ce que d'autres font en une semaine. Outre les puzzles (dont il existe plusieurs modèles, y compris un mignon 48 pièces, dimensions carte postale), il édite de la musique (vous lirez bientôt la présentation de quelques volumes des éditions EurArte), organise des voyages d'orgues autour du lac de Como du 30 août au 4 septembre et du 6 au 11 septembre 2010 (avec évidemment un aspect gastronomique. Voyez www.agimuslombardia.com). Vite acheter un éclairage de pupitre chez Mighty Bright: une rampe de 9 lapes LED avec clip pouvant contenir des piles ou branchement sur une alimentation secteur, dans une petite pochette de voyage, un petit verre de blanc sec à la Happy hour réservée aux journalistes de passage à la foire, deux arrêts de S-Bahn en sens inverse, un mini-shopping à la gare de Francfort (ah! Les sandwiches à l'anguille fumée, au hareng, au saumon, sauce raifort!), et dans le train, début de la rédaction de cet édito. Ce n'est pas le transbordement d'un ICE dans un autre quasiment en rase campagne «pour des raisons techniques» ni le détour par l'ancienne ligne entre Liège et Bruxelles, pour cause d'incident dans le TGV qui nous précède, ni le retard de plus d'une demi-heure à la gare du Midi qui obscurciront cette journée fatigante, mais riche de rencontres et de découvertes. La Messe vaut bien une journée à Francfort! | |
| 1 III 2010 | Merci, Bernard Coutaz! |
| Décidément, le congé sabbatique pris par le rédacteur du Magazine de l'Orgue avant de lancer le M'O+ ne porte pas chance:
il y a deux semaines la rédaction recevait le communiqué suivant: Pierre Vidal: Bach et la machine orgue s'est arrêtée. Vendredi 5 février 2010, Pierre Vidal, organiste, compositeur et musicologue français né en 1927, s'est éteint dans sa 83e année dans le petit village de Mersuay en Haute-Saône. Il a été inhumé selon ses dernières volontés, en toute intimité au cimetière de Mersuay. Vous trouverez dans la discothèque (CD_3457) et dans la bibliothèque (B_2710) du M'O+ un coffret de 6 CD's et son dernier livre, qui voient approcher la date de publication de leurs commentaires... Puis, ce 28 février, pendant que je rédigeais le commentaire d'un autre coffret de 6 CD's (CD_3448), j'apprenais par un détour sur internet le décès de son producteur, confirmé ce premier mars par un courrier d'Harmonia Mundi: Nous avons le regret de vous informer du décès de Bernard Coutaz, Président Directeur Général d'harmonia mundi, survenu dans l'après-midi du vendredi 26 février à Arles. Fondateur d'harmonia mundi en 1958, Bernard Coutaz s'est éteint à l'âge de 87 ans. Dès 1958, l'histoire de Bernard Coutaz se confond avec celle de son entreprise. Construit à partir du label de musique classique, harmonia mundi a très tôt pris en main sa distribution commerciale et assuré celle de nombreux autres labels. La diversification s'est alors étendue à la distribution d'éditeurs de livres, secteur qui représente aujourd'hui environ 40% de l'activité en France. C'est dans un esprit d'indépendance qu'il avait décidé de la création progressive d'un réseau de 46 boutiques en France et en Espagne. Bernard Coutaz avait prévu sa succession depuis plusieurs années déjà en nommant Eva Coutaz Directrice Générale d'harmonia mundi. Elle lui succède aujourd'hui à la tête d'un groupe dont la maison mère est à Arles et qui comporte six filiales, en Allemagne, au Benelux, en Espagne, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Suisse. La dette des organistes et des amateurs d'orgue envers le médiateur et le précurseur que fut Bernard Coutaz est énorme. Nous en avons parlé dans le commentaire du coffret de 6 CD's évoqué il y a un instant. Non seulement il nous a révélé des organistes comme Francis Chapelet et Michel Chapuis, et par leurs choix de répertoire, il nous a familiarisé avec tout un répertoire aujourd'hui généralement apprécié, mais encore il a rendu publics les noms de villages perdus en France, en Espagne, en Allemagne, et même en Suède, que tous les organistes connaissent, parfois même sans y avoir mis les pieds. En guise de bien modeste hommage à l'œuvre de ce découvreur sans pareil, voici le catalogue de la collection remarquable qu'il a créée: Orgues Historiques. Le relevé en est fait par les exemplaires que j'ai la chance de posséder; les données entre crochets sont relevées dans divers catalogues et n'ont pu être vérifiées sur pièce. Pour les six premiers volumes, le numéro d'ordre était celui de la collection Musiques de tous les temps (21, 23, 25, 27, 29 et 31) et la numérotation entre crochets est celle dans la série consacrée à l'orgue, qui n'apparaît qu'à partir du numéro 7, quand on parle de Nouvelle série et quand la numérotation de Musique de tous les temps disparaît. À partir de 21, la numérotation est précédée d'un préfixe «1.». [1]. Saint-Maximin: Michel Chapuis (Novembre 1962) [2]. Le Petit-Andely: Michel Chapuis (Février 1963) [3]. Marmoutier: Michel Chapuis (Avril 1963) [4]. L'Isle-sur-la Sorgue: Michel Chapuis (Juin 1963) [5]. Souvigny: Michel Chapuis (Novembre 1963) [6]. Saint-Jean-de-Losne: Michel Chapuis (Janvier 1964) 7. Covarrubias: Francis Chapelet (Avril 1964) 8. Bastia: René Saorgin (Octobre 1964) 9. Steinkirchen: Helmut Winter (Avril 1965) 10. Salamanque: Francis Chapelet (Janvier 1965) 11. Lyon, Saint-François de Sales: Marcel Pehu (Mai 1965) 12. Trebel: Helmut Winter (Septembre 1965) 13. Saint-Quirin: Michel Chapuis (Novembre 1965) 14. Ciudad Rodrigo: Francis Chapelet (Mars 1966) 15. Alkmaar: René Saorgin (Août 1966) 16. Frederiksborg: Francis Chapelet (Février 1967) 17. Aatvidaberg: Gotthard Arnér (Mai 1967) 18. Trujillo: Francis Chapelet (Juillet/Août 1967) 19. Altenbruch: Helmut Winter (Mars 1968) 20. Saint-Chinian: René Saorgin (Mai 1968) 21. Avignon: Luciennne Antonini (Novembre 1968) 22. Lisbonne, S. Vincente de Fora: Francis Chapelet (Février 1970) 23. Roquemaure: Francis Chapelet (Mai 1970) 24. [Tolède (orgue de l'Empereur): Francis Chapelet (date?)] 25. [Buttforde: Helmut Winter (1970-71)] 26. Vienne, Piaristenkirche: Marinette Extermann (Octobre 1972) 27. [Brescia, San Giuseppe: René Saorgin (date?)] 28. [Saint-Guilhem: Francis Chapelet (Avril 1973)] Pour être complet, ajoutons deux numéros spéciaux: L'orgue Classique Français par Jean Fellot (un texte capital, toujours d'actualité aujourd'hui, et fort recherché), avec Michel Chapuis à l'orgue du Petit-Andely (décembre 1962), et Orgue de Saint-Séverin de Paris, avec neuf chorals de l'Orgelbüchlein par Michel Chapuis (Mars 1964). Enfin, le numéro 18 de Musique de tous les temps, intitulé L'orgue reprend la musique du disque de 1962, avec des textes de Marie-Claire Alain, Hélène Salomé, le facteur d'orgues Chéron, Jean-Paul Lacas, Antoine Reboulot, Nanie Bridgman, François Picard, Marcel Frémiot, Jean Fellot et Michel Chapuis (Avril 1972). Merci, Bernard Coutaz! | |
| 2 II 2010 | Mise en boîte du boîtier |
| Bien souvent, je me suis dit que le plus malin, dans le monde du CD, était l'anonyme inventeur du boîtier en plastique dans lequel est agrafée la petite galette argentée, et où se trouve coincé entre quatre ergots le livret qui en décrit le contenu. J'ai en vain cherché un mot autre que «agrafé» pour décrire le système de petits ressorts en plastique qui enserrent le trou médian du CD et ne le libèrent que sous la pression du pouce au centre, conjuguée à la traction de l'index sur l'extérieur. Ce geste, que ne décrit aucun mode d'emploi, n'est-il pas en somme comparable à d'autres dégrafages, tout aussi complexes et prometteurs de plaisirs? Mais concentrons-nous sur ce boîtier. L'unique usine fournissant toutes les fabriques de par le monde qui pressent des CD's peut se contenter de seulement deux modèles: un pour les CD's simples, l'autre pour les CD's doubles, voire triples ou quadruples. Le boîtier simple se compose de trois éléments; le fond, qui reçoit le support du disque, et le couvercle, qui referme l'ensemble et s'accroche au fond par deux petites pattes ayant l'habitude irritante de se casser au moindre choc. Les deux pièces externes sont toujours en plastique transparent, le support peut être translucide ou coloré, selon le goût du client. Rien de tout cela n'est vraiment génial. Mais ce qui l'est, sachant que le fabricant de ces emballages jouit d'un véritable monopole, c'est le côté universel de la chose: qu'il s'agisse du premier enregistrement d'un débutant, tiré à cinquante unités, que l'on parle d'un disque de chant grégorien vendu par centaines à la brasserie des trappistes qui l'ont interprété, entre les tartines au fromage (d'abbaye) et les cartons de bière (des trappistes), que nous évoquions le récital de la diva que vous avez vue hier à la Monnaie, qui sera demain à la Scala et la semaine prochaine au Met, accompagnée de son agent et de plusieurs boîtes de sa dernière production, ou bien de l'enregistrement «live» au Zénith de ce groupe rock, pop, rap ou slam, hip hop ou r 'n b, ou encore du énième disque d'or de Johnny, Céline, Lara, Eddy, Elvis ou Madonna, chacun de ces CD's est vendu dans le même insignifiant, uniforme, dérisoire, creux, global et modique boîtier… C'est ici que réside le trait de génie: alors que le producteur du CD ne sait jamais à l'avance si celui-ci aura du succès, et est bien en peine d'en estimer le tirage, le marchand de boîtiers, lui, dès la mise sous presse du produit, a vendu des milliers d'exemplaires de son sempiternel et unique article, sans se préoccuper le moins du monde de ce qu'il va contenir, et sans être concerné par la réussite ou l'échec commercial de la chose. Il est le seul gagnant certain de l'opération, avant même qu'elle ne prenne corps! Je ne connais pas le nom de ce brillant inventeur, sans nul doute millionnaire, ni ne sais où il habite, et comment il vit, ou même s'il est encore de ce monde. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il a dû avoir une enfance bien malheureuse. Il faut bien avoir souffert en effet, des abus d'une mère acariâtre ou des excès d'un père abusif, voire des deux à la fois, pour se venger ainsi sur l'humanité tout entière! Car avant de vous être cassé les ongles en essayant d'extraire la rondelle musicale vous avez déjà pesté quelques minutes à tenter de trouver l'extrémité de la languette de cellophane sensée vous faciliter l'ouverture de l'emballage préservant la virginité de votre boîtier contenant le CD où est gravée la musique tant espérée. Là ne s'arrêtent pas hélas vos déboires! Car, voulant en savoir plus sur ce que vous entendez, vous dégagez le livret des ergots qui le maintenaient en place. Mal vous en a pris: une fois libérées de cet étau, les pages du cahier, se souvenant qu'elles sont en papier bouffant, reprennent leur volume et, après quelques essais de réinsertions voués à l'échec, vous n'aurez plus que trois solutions: casser les petits ergots (ce qui à l'avantage de libérer un tant soit peu vos frustrations), arracher une ou deux feuilles du livret, pour en diminuer l'épaisseur (évacuant de la sorte le reliquat de votre grogne) ou le conserver à côté du boîtier (séparation de corps qui entraine à brève échéance le divorce entre les deux éléments du binôme). Je vous le redis: le plus malin, dans le monde du CD, est l'anonyme inventeur du boîtier! | |
| 1 I 2010 | Du neuf au M'O! |
| Le premier janvier 2010 sera la date de naissance du M'O+ (lisez: «Le Magazine électronique de l'Orgue» et pas «Le Magazine de l'Orgue électronique» !). Après de longs mois de silence, c'est en effet sur internet que le M'O refait surface. Son rédacteur s'étant consacré à plusieurs projets accaparants, le M'O était devenu silencieux depuis deux ans… Mais maintenant que la retraite (comme on dit: bien méritée…) le lui permet, il reprend la plume et retrousse ses manches pour commenter la foule d'objets que les éditeurs, fidèles et confiants, ont continué à lui envoyer.
Le premier avantage d'un journal électronique est sa souplesse de rédaction: aussitôt écrite, une page est affichée sur le site, et est immédiatement accessible aux lecteurs. Par ailleurs, il ne sera plus nécessaire de rédiger le commentaire pour porter à la connaissance des lecteurs l'existence d'une publication: dès le premier janvier 2010, c'est au jour le jour que vous prendrez connaissance dans la banque de données du M'O+ de la liste détaillée de tous les objets arrivés à la rédaction. Avec mention de l'éditeur, et renvoi automatique à son site web. Autres avantages de la formule: il ne faut plus attendre d'avoir rédigé 64 pages pour passer à la publication, et le temps passé à l'emballage, l'affranchissement et l'expédition pourra être dorénavant entièrement consacré à la rédaction… Pour ne rien dire de l'équilibre financier retrouvé, suivant l'équation suivante: Prix du M'O+ = Prix du M'O - [frais de mise en page, d'expédition (DHL de Bruxelles à Dresden), d'impression, de transport (de Dresden à Bruxelles), d'emballage (pochettes plastique), et de port (vivent les Postes, dont le tarif des périodiques a été augmenté plus qu'une fois par an pendant l'existence du M'O, version papier!)] + [conception du nouveau site (une grosse facture, une fois pour toutes) et hébergement annuel du site]. Tout le monde y gagne, sauf peut-être les quelques malheureux qui n'ont pas encore fait le pas du raccordement à internet… Mais ceux-là, comme le répète le rédacteur du M'O, ne sont-ils pas un peu comme ceux qui, au début du siècle dernier, hésitèrent à s'abonner au téléphone… | |
| 31 XII 2009 | Petit historique d'un périodique déjà vieux de plus d'un quart de siècle |
| Au début, il y eut [Sic transiT], un mignon petit périodique bimestriel réalisé avec la complicité du graphiste Guy Schockaert, expédié gratuitement à plus de 2.000 amateurs d'orgue sous forme d'un petit cahier (format A4 plié en quatre) sur papier crème, dont il fallait découper les pages. De juin/juillet 1983 à mars/avril 1985, il connut deux années à ce rythme, puis devint trimestriel, du numéro 12 (juin/août 1985) au numéro 23 (juillet/septembre 1988). La dernière année voit le rythme devenir semestriel (numéro 24, Juillet 1989 et numéro 25, janvier 1990).
Le Magazine de l'Orgue fut, de janvier 1975 à décembre 1996, une émission radiophonique hebdomadaire, réalisée et présentée par Jean Ferrard sur les antennes de la radio de service public nationale belge (RTB, puis RTBF - le F pour «française», pas pour le responsable de cette émission…, puis Radio 3, et aujourd'hui, hélas, Musiq'3). Adversaire de l'abus des cumuls, le réalisateur de ces programmes abandonna ses fonctions officielles à la RTBF quand il fut, en 1985, nommé professeur d'orgue au Conservatoire royal de Liège. Ayant lui-même participé à la gestion de cette grande maison de radio, il savait que ses jours en tant que «collaborateur extérieur», pour l'unique Magazine de l'Orgue, étaient comptés, et de fait, après 1115 émissions qui, pendant 21 ans avaient réuni les amateurs d'orgue du pays et des régions limitrophes, il fut tout simplement «remercié». Pour ne pas perdre le contact avec ses auditeurs, et rester actif dans la presse musicale dans le domaine très ciblé de l'orgue, il avait cependant ménagé ses arrières, en passant de l'oral à l'écrit. Le Magazine de l'Orgue imprimé numéro 0 date de juin 1993. Réalisé avec les moyens du bord (rédaction et mise en page sur ordinateur, tirage en photocopies sous couverture cartonnée crème d'une grande simplicité - mais avec déjà le logo conçu par Guy Schockaert), ce M'O de 28 pages était mensuel mais prenait des vacances en juillet et août. C'est à partir du numéro 51 (octobre 1998) que naît le format «petit livre de poche» de 64 pages, sous couverture en quadrichromie, paraissant au rythme de cinq numéros par an jusqu'à la fin 2004. Avec le numéro 83, le M'O devient trimestriel. Son dernier numéro paru est le 91, du troisième trimestre 2007. Le rédacteur unique du M'O+ ayant consacré l'essentiel de son temps à d'autres publications, le M'O+ prend un congé sabbatique de deux ans avant de se transformer radicalement, pour devenir le M'O+, un des très rares journaux consacrés à l'orgue paraissant uniquement sur internet à partir du premier janvier 2010. | |